LES ORIGINES DU FOOD NOT COPS - LYON
A l'origine, le food not cops est parti d'une réunion avec le collectif « état d'urgence » et l'objectif premier était de proposer de la nourriture végétarienne gratuite dans le 7ème arrondissement de LYON à toutes les personnes qui le désirent. La diffusion du projet par bouche à oreille et par l'intermédiaire de sites militants comme yala ou rebellyon a ensuite permis de rassembler un collectif d'une vingtaine de personnes.

Les premières réunions de ce nouveau collectif ont permis d'entamer les débats sur les tenants et aboutissants du projet, de se questionner sur l'aspect politique de celui-ci (repas de quartier ou action militante quant à la réoccupation de l'espace public?). Ce débat est d'autant plus complexe que toutes les personnes présentes viennent d'horizons différents bien qu'animées par des valeurs communes (il y a des militants, des non-militants, des novices, des gens du quartier, d'autres venant de l'extérieur, des végétariens, des végans, des omnivores, certains sont favorables à la distribution à prix libre, d'autre à la gratuité, ce qui fait diverger les opinions quant à la décision de faire de ce projet une dénonciation du gaspillage commun ou simplement la volonté de permettre des repas de quartier ouvert à tous et à toutes).

Il y avait par contre un consensus sur la notion de récupération de fruits et légumes sur les marchés avant que ceux-ci ne soient jetés afin de limiter les frais et de se servir de ce dont personne ne veut plus, et sur l'idée de proposer des repas essentiellement aux personnes qui vivent dans la rue et qui sont traditionnellement exclues de toute convivialité . Au final, les repas seront végétariens, végans pour la plupart, histoire de permettre à tout le monde de manger sur le plus grand dénominateur commun, et le gaspillage sera dénoncé par l'intermédiaire de tracts traduits en différentes langues.
Organisation des manifestations

Le problème au départ, c'est que le collectif ne possédait pas de cuisine collective, et que le fait de cuisiner chez les particuliers rend l'organisation plus difficile par manque de place, par manque de point fixe pour les RDV, et que seulement 10 personnes étaient à peu près disponibles pour tourner entre les récupérations de légumes, la cuisine et la distribution. D'un autre côté, il y avait un réel besoin d'urgence, et donc d'une première opération pour canaliser les énergies et les motivations.
Il a donc fallu choisir un lieu qui permette à la fois une visibilité par rapport aux résidents du quartier, et aussi une certaine discrétion vis-à-vis de la police. Ce sera la place Raspail, située en bordure du Rhône qui est à la fois conviviale grâce à ses grands arbres et ses toboggans pour les enfants, et stratégique par son emplacement à proximité du foyer de sans abris de la rue du père Chevrier. En ce qui concerne la diffusion de l'information, il y a eu tracts et affiches, annonces sur certains sites sympathisants et surtout des équipes faisant le tour du quartier à différents moments de la semaine pour prévenir les gens qui étaient dans la rue qu'il y avait un repas en plein air gratuit et qu'ils étaient le bienvenu pour manger, discuter, et toute autre forme de convivialité. Bref, début improvisé, et assez enthousiasmant qui a suscité le fait de continuer et de prévoir des repas tous les 15 jours le dimanche midi. Les premiers repas du food not cops se sont assez bien passé, avec une affluence variable, une organisation avec les moyens du bord mais suffisamment motivée pour que tout se passe de manière agréable.

Les premières difficultés rencontrés sont apparues lors d'une intervention de police, et certaines divergences s'annoncent quant à la réaction à adopter vis-à-vis de cette situation. Les agents font largement comprendre qu'il est interdit de manger en nombre dans un espace public et qu'il faut cesser immédiatement toute activité sous peine de confiscation du matériel, de punition, de contrôle…etc, etc, etc. La confrontation avec la police pose problème au sein du collectif car il faut discuter de la stratégie à adopter, c'est-à-dire choisir entre la résistance ou l'abandon, savoir s'il faut accrocher une banderole qui rend visible le collectif et donc se présenter comme un mouvement de résistance à la suppression des libertés individuelles ou non. Se pose également le problème de la sécurité des personnes qui viennent manger car certains sont sans papiers et il y a forcément la crainte de les prendre en otage de nos convictions. Il faut donc réfléchir au rapport d'instrumentalisation des personnes sachant que le nom même du collectif implique intuitivement une certaine forme de résistance. D'autres problèmes s'ajoutent à cela, à savoir le problème de la régularité des opérations qui est nécessaire pour créer de l'habitude et du lien social, et également le problème des disponibilités de chacun et chacunes qui rend impossible les repas hebdomadaires.
Il faut aussi admettre collectivement le symbolisme de l'action plus que la nécessité alimentaire du fait de l'espacement des repas, et du refus d'instaurer un rapport de charité qui n'aurait pas de sens au sein du projet. Quelques questions resteront en suspens jusqu'à la fin du printemps.

L'été apporte partiellement des solutions pratiques à ces interrogations du fait que seulement 4 à 5 personnes soient disponibles régulièrement pour continuer, ce qui rend impossible la confection et la distribution des repas sous la forme de repas fixes à cause du transport du matériel et de la nourriture, du sous nombre évident quant à une confrontation avec la police, et le food not cops se transforme en distribution itinérante de sandwichs pendant les deux mois estivaux.

Cette formule apparaît alors comme un bon moyen de substitution et comme un renouvellement partiel du projet. La distribution itinérante permet en effet une prise de contact plus rapide, une plus grande disponibilité de discussion par rupture de l'effet de nombre qui pouvait sans doute déstabiliser les personnes qui viennent seules lors d'un repas, et permet aussi la rencontre de nouvelles personnes qui ne seraient peut être pas venues lors d'un repas organisé en lieu fixe. Cependant, cette formule ne permet plus la réoccupation de l'espace public, elle impose le contact à des personnes qui n'en n'ont peut être pas spécialement l'envie, et se situe plus dans une conception caritative que relationnelle. Le repas fixe permet aussi une plus grande convivialité, crée un point de repère et un point de chute, permet des rencontres entre gens vivant dans la rue qui ne se seraient peut être pas rencontrés autrement, et développe largement plus la notion d'échange et de partage, que ce soit de la nourriture, de l'espace, du temps, et tout ceci participant donc à la notion de création de lien social. A la fin de l'été, il y a donc eu par conséquent une nette baisse du nombre de personnes impliquées, ainsi qu'une démotivation communicative qui fragilise le collectif.

A la rentrée de septembre, l'ouverture du Khawa (un squat de la rue Montesquieu) permet une nouvelle dynamique car c'est le début de la cuisine collective qui facilite considérablement l'organisation, et ceci a permis de renouveler l'effectif avec de nouvelles motivations, et il devient donc aussi naturellement point de chute de tous les rescapés du mouvement d'origine. C'est donc un nouveau départ qui se dessine, plus structuré, avec de nouvelles personnes qui s'impliquent. Le stockage des aliments récupérés et des courses s'en retrouve aussi simplifié du fait que ce lieu devienne point de chute et de rassemblement. C'est donc un gros point de galère qui saute car un lieu fixe permet une meilleure autonomie, et personne n'est plus dépendant de l'appartement de l'autre. Il y a aussi un transfert de motivation et d'énergie entre le food not cops et l'équipe active du khawa ce qui permet de donner un nouveau souffle au collectif. Quelques distributions ont pu se faire à l'intérieur, ce qui a été bien pratique pendant la période de froid, mais le fait que cela se situe en endroit fermé pose un problème quant à la spontanéité des rencontres et ne répond plus à l'idée de quelque réoccupation de l'espace public, bien que le soucis semble mineur à cet instant précis (d'autres distributions ont pu se faire place Carnot, à proximité de la gare Perrache, il y a aussi eu des regroupements devant le Khawa, histoire de profiter du beau temps et de permettre une ouverture plus saine sur les personnes venant de l'extérieur)

Il y a donc eu une bonne dynamique durant la période hivernale mais celle-ci s'est vite étiolée car le fait de s'impliquer autant dans le khawa que dans le food not cops disperse les énergies. Entre les récups, les permanences à assurer pour maintenir le lieu ouvert aux habitants du quartier, et tout ce qui peut se passer comme activité quotidienne liée à l'ouverture d'un squat ne permet pas d'assurer la pérénité d'un projet aussi demandeur que le food not cops. De plus, certains ont beaucoup donné au sein même du collectif pendant cette première année et ont du mal à garder le même niveau de motivation.

Les pressions policières exercées sur le khawa rendent aussi plus difficile la viabilité de l'endroit sachant que la plupart des résidents du lieu également membres actifs du food not cops ont dû déménager à la suite de divers avis d'expulsions.

RETOUR SUR CETTE PREMIERE ANNEE
Le collectif est actuellement au point mort, et ce jusqu'au mois de septembre, ou il pourra repartir mais avec de nouvelles personnes, de nouvelles bases, afin de rafraîchir la dynamique du projet d'origine.

Cette première année a donc été expérimentale, elle a permis de tester différentes modalités de fonctionnement, de faire des erreurs qui seront profitables pour la suite, et a permis de mettre en lumière les problèmes de communications intra et extra collectif.

Dès la rentrée, l'idée serait donc de repartir sur de nouvelles bases avec des objectifs clairs partagés par tous et toutes, décider et discuter les principes de diffusions, de régularité et de communication. Il va falloir sensibiliser le public des concerts et susciter l'enthousiasme autour du projet, afin de recruter de nouveaux participants motivés et prêts à s'impliquer. Il va falloir aussi trouver un lieu qui comme le khawa peut accueillir une cuisine, acheter ou récupérer du matériel qui soit propre au food not cops, et récupérer assez d'argent pour établir un fond de roulement pour les courses nécessaire à la cuisine et qui ne peut pas se récupérer (riz, café, thé, épices…).

Au final, le bilan de cette année a été assez positif malgré les soucis rencontrés, et tout le monde s'accorde à penser que ce food not cops pourra redémarrer sereinement avec de nouvelles personnes et donc un collectif fort.
 
POUR CELLES ET CEUX QUE CA INTERESSE
Le food not cops de Lyon, bien qu'ayant une organisation propre participe à un réseau mondial de food not bombs. Ces organisations ne fonctionnent pas en réseau mais obéissent plus ou moins à la même thématique. Il existe quelques actions de solidarité inter food not bombs ponctuelle comme celle organisé au mois de mars en bénéfit au collectif de Saint Petersbourg et il y eu récemment une inter food not bombs organisé à Lille. Certains s'organisent autour de 2 ou 3 personnes comme celui de Grenoble ou celui de Toulon qui devrait démarrer d'ici quelques semaines. D'autres réunissent un gros collectif comme celui de Dijon, de Paris ou encore celui d'Arrezzo en Italie (environ une trentaine de personnes).
Pour avoir une vue d'ensemble de ce qui se passe un peu partout:

www.foodnotbombs.net