HUGUES

Je réfléchissais au sens que je donnerais à ce disque, un petit retour rapide sur ce qu'avait pu être le projet de départ et le résultat qui semblait se dessiner. Sur l'idée de ne pas faire qu'un disque, et de pouvoir mettre les bénéfices de la vente du disque pour des organisations qui agissent localement, je repensais à comment ça s'était mis en place et à la façon dont ça allait aboutir. de toutes les idées émises à la base jusqu'à ce que ça donnerait.

Et puis à travers ce disque bénéfice, je me demande comment je me positionne par rapport au punk, aux idées qui vont avec. Ce que ça représente, la radicalité dont il est question dans le fond. De quelle manière j'investis ce fond. Quelle place j'ai face à tout ça, quels décalages j'entretiens entre mes envies, mes idéaux, et puis ce que je vis, ce que je fais réellement. Bref quelle place j'ai ou je donne à tout ça.


Je discute souvent de tout ça avec Arnaud, de la façon dont ces questions sont assez récurantes dans nos vie et les problèmes, les contradictions qui en ressortent. De ce côté bancal, pas net, entre d'un côté le Punk, sa radicalité, son histoire, les mouvements qui la composent, des différents milieux qui s'organisent (squats, groupes, actions ect...), qui l'animent et puis moi. Moi qui suis un poil planqué au regard de ça, qui ne m'expose pas beaucoup. J'ai une vie pas compliquée dans un pays occidental riche, je suis un garçon blanc, genre hétéro, assez dans ce qu'on appelle la normalité. Je dois même l'entretenir un peu. Alors évidement, j'en viens à me demander si j'ai pas rien compris. si je ne suis pas juste un touriste dans tout ça? Est ce que j'ai pas perdu en cours l'idée de base. La rupture, se mettre en danger un minimum. Alors je nage encore entre ma vie fantasmé et ce que je fais tout les jours avec ce poids sur le coeur. Une sorte de « culpabilité », de conscience que je suis ni dans l'un ni dans l'autre.

En y repensant, peut-être que j'ai construit mon image du punk un peu trop comme un absolu. Comme quelque chose de monolithique. Avec une seule façon de le vivre. Une voie pour le réaliser. Donc évidement, il est à peu près sur, comme de courir après un train en rampant, que je cours après une illusion, un truc qui me semble tellement intransigeant que je finis par me replier sur la normalité faute de pas arriver à «entrer dedans». Je me sens dans une situation instable ou j'ai l'impression qu'il faut que je fasse un choix à tout prix. L'idée que vivre avec ces idées là, c'est refuser à tout prix un certain nombre de choses ( refuser de payer un loyer, avoir un travail salarié, consommer, ect..). Que c'est une rupture qui ne peut au final être que totale avec plein de schémas. Qu'il n'y a pas de demi-mesures possibles. C'est du tout blanc, tout noir.

Et bien peut-être qu'il faut que j'avance avec ça en tête: le sens que je donne au Punk il est à chercher dans ce que j'en fais, dans ce que j'essaie, dans les remise en causes, le petits combats de tout les jours. Je ne dis pas que je réécris histoire du Punk et ses tentatives, ses idées, ses pratiques. Je crois fondamentalement que la forme conduit le fond. Le non profit, le fais-le-toi même, les réseaux qui s'organisent autour, ce sont bel et bien les garants d'une contestation, leurs formes, mais aussi l'expression permanente d'une remise en cause plus globale. De questionnements sur ce qui nous entoure, ce qui fait le monde.

Mais il faut que je commence à admette que les choix sont multiples et variés dans cette remises en cause. Que ce n'est pas clôt et réduit à une façon de faire, de vivre. C'est sûrement pas "biblique", ce n'est pas une course avec des prix à remporter. De même il faut que je passe le cap et admettre que je suis pétris de contradictions. A commencer par me dire et faire avec le fait que je suis un gus de la classe moyenne, évoluant dans un microcosme un peu particulier. Peut être un peu plus cool sur certains aspects (bah oué, c'est le club de gens à peu près solidaires, et passionnés, avec dans l'ensemble pas les pires des comportements du monde, enfin il me semble...). Et je l'avoue, je m'y sens plutôt bien pour le moment. Cependant je ne prends que peu de risques, je ne fais que des choix et des ruptures encore «mesurés» par rapport à certaines alternatives ou sorties de modèles, mais il me semble qu'il faut aussi que je me laisse des marges de manoeuvre pour ne pas me laisser dépassé, ou que je ne réifie pas tout ça.

Que tout n'est pas si net et précis. Pas encore figé. Qu'il n'y a pas de costume type. Pas de modèle absolu. Juste des essais, des tentatives, inspirantes mais pas imposées. Évidement, je ne dis pas qu'il faut diluer le sens dans tout ça. Les questionnements sont toujours là, je pense qu'ils le seront toujours, que ça fait parti d'un mode plus global d'envisager la vie, de la vivre; de chercher un peu de sens. Mais que se triquer à tout bout de champs sur tout, à commencer par mes contradictions, mes erreurs ou encore mes écarts par rapport à ce que je pourrais faire différemment, et bien finalement,
ça me limite plus qu'autre chose, je ne vois plus que ça, et je me referme dessus, je finis par me laisser gagner par l'apathie. Il va falloir que je dépasse ça. Que j'invente un peu mon modèle, avec lequel je suis bien. Que je tente de vivre en étant moi. Alors ça fait un peu naïf, slogan ou gimmick, mais la question est peut être là pour moi pour le moment. Peut être qu'à partir de ce moment là, je vais construire plus, prendre plus de risques. Parce que mine de rien, je crois que ça me tente plus que tout d'essayer.

I thought my eyes would be dry

 But now I see and know

 The moment has a better taste

 I will not have my statements

 Spit back in my face

 We all struggle for our dreams to be realized

 They end up objects

 Of our own despise... why?

 The dance of days

 How did I find myself

 Standing in that place?

 We had done so much

 And now I find myself

 Standing in this place again

 We can do so much more

 Maybe we went a little too fast

 Maybe we better slow down

EMBRACE (1985)