COMMENT T’ES VENUE L’IDÉE DE MONTER CE PROJET DE SENSIBILISATION AUX RISQUES AUDITIFS?
Malheureusement je dirai que souvent dans ce monde, ce qui te fait comprendre les choses qui t’entourent, c’est que tu les éprouves d’abord dans une incompréhension de l’instant, de ce qui t’arrive. On est tellement entouré d’objets, de lieux, dont on ne connaît ni la signification, ni la portée. C’est pour aller à l’encontre de cela, que la prévention a un intérêt et prend forme selon-moi. Il faut dire que ce qui m’est arrivé est symptomatique du risque que prennent les gens qui font et écoutent de la musique amplifiée aujourd’hui. Le traumatisme sonore est fréquent, et touche en moyenne à ce jour, quasiment 70 % des musiciens et musiciennes. C’est un risque qui s’est établi parallèlement au développement de la société dite moderne.
La notion de risque est aujourd’hui ancrée dans un modèle de société qui en même temps qu’elle favorise souvent l’inverse, promeut la sécurité. Cette notion est donc la cause de la prévention si je puis-dire.

A notre niveau, la sensibilisation aux problèmes des risques auditifs ne pouvait pas ne plus être abordée quand on organise des concerts, et lorsque l’on gravite dans un milieu musical.

Après quelques temps de réflexion, l’idée a été d’élaborer en priorité du texte, de l’écrit, un document qui puisse rendre compte du phénomène. Concrètement une brochure expliquant la base des connaissances en matière de son et d’amplification, sur le fonctionnement basique du système auditif, et sur les pratiques des musiciens (à propos de comment se protéger), a donc été faite.
Par la suite, il devenait important de diffuser à la fois cette documentation, mais aussi des protections auditives. Il s’agissait d’être au c?ur du problème, là où tout se passe. On a donc décidé de monter un stand de prévention, qui de manière itinérante pourrait intervenir sur les concerts, à la rencontre des gens passionné-es, comme nous.

COMMENT SE CONCRÉTISENT VOS ACTIONS SUR LE TERRAIN? QUEL EST LE PUBLIC VISÉ, QUEL MATÉRIEL UTILISEZ VOUS DÉJÀ? QUELLES POURRAIENT ÊTRES LES AMÉLIORATIONS POSSIBLES?
A ce jour, et comme le stand l’a prouvé par le passé, on prend des contacts au travers des relations diverses que l’on peut se faire. Ce type de contacts ce fait souvent de manière informelle, mais nous permet de faire évoluer nos moyens de prévention. En fait nous privilégions une approche personnelle, c’est à dire que si des gens se sentent touché par le sujet, et bien en général il va se passer quelque chose. Parfois on va provoquer l’interaction, plus directement, mais jusqu’à présent l’expérience a montré que c’était une voie simple, et qui plus est efficace sous pas mal d’aspects.

Le stand n’est plus trop actif en ce moment, par contre nous avons mobilisé dernièrement nos énergies pour remettre au goût du jour l’intervention auprès des établissements scolaires (lycées notamment). Par l’intermédiaire d’une animation que l’on avait expérimenté en 2005, on a donc ces derniers mois fait des séances avec des classes sur le sujet.

Au niveau du matériel, nous faisons avec un ordinateur portable d’où l’on lance des animations au travers d’un plan d’approche du son, de l’oreille, des pratiques… Notre approche de la prévention se résume autour de cette phrase titre : « Notre musique on y tient ». Nous partons toujours de cette idée de témoignage de la réalité que nous vivons, je pense que c’est primordial, pour le reste, pour tout le contenu et la connaissance que nous essayons de faire passer ensuite.

En tant que « musiciens », nous abordons donc l’interaction avec eux dans l’optique de relier témoignage et savoir. La difficulté réside dans les préjugés que nous avons tous en nous, et qui sont liés parfois à notre « statut ». Il faut alors arriver à les dépasser dans la rencontre et l’échange sur un thème. Jusqu’à présent on s’en sort pas mal, le thème est de toute façon très « porteur », je veux dire que tout le monde, jeune ou moins jeune est réceptif à la question. C’est bien un signe qui montre que le problème est prégnant.
Sur l’aspect de l’amélioration, nous travaillons actuellement sur une réécriture et une reconstruction graphique de notre brochure. On prévoit aussi pour bientôt, la création d’un site entièrement dédié au sujet.

Le deuxième axe serait moins centré sur nos activités internes, il s’agirait selon-moi de réfléchir à nouveau sur comment aborder la prévention dans le moment du concert. L’objectif serait d’instaurer un dialogue nouveau autour de tous les acteurs qui font le spectacle. Le stand a montré ses limites pour ça. C’est un chantier ouvert, mais qui sera bien plus long que le reste.

QUEL SONT LES PROJETS FUTURS DE L’ASSOCIATION? COMMENT VOIS-TU ÉVOLUER L’ASSOCIATION?
S’il y a bien une évolution qui me tient à coeur pour l’association, c’est à ce niveau-là que ça se joue. Comment instaurer un dialogue autour de ces questions de niveau sonore et de qualité du son, avec en filigrane le respect de l’intégrité de chacun et chacune.
Au niveau de l’évolution de l’association je ne projète pour l’instant pas de développement au sens classique du terme, de recherche de subventions par exemple. Les « partenariats » se négocient avec la sensibilité des personnes rencontrées, comme je le disais plus haut.

QUE REPRÉSENTE POUR TOI LE PARADOXE DE FAIRE DE LA MUSIQUE AMPLIFIÉE ET DE SE PROTÉGER LES OREILLES? TROUVES TU UNE EXPLICATION À NOTRE ATTRAIT POUR LES VOLUMES SONORES ÉLÉVÉS?
C’est un peu vouloir se couper d’un monde que l’on sait risqué puisqu’on y participe. La dualité entre le corps et l’esprit est à la base de cette dichotomie, de ce paradoxe de se protéger en continuant de ne rien changer à la source. Le jeu est devenu profondément égoïste et individualiste à ce niveau.

Le paradoxe proviendrait dans ce cas, en même temps que dans d’autres cas, d’un rapport au corps…Le langage, la technique et le corps, on a du mal à conjuguer tout ça en même temps. Je pense que l’évolution des instruments, au travers du modernisme (avec par exemple l’électricité), a dans un premier temps bouleversé les échanges, et la musique bien sûr. Le message que transmettait auparavant l’instrument acoustique seul, était alors repris, transformé, dans un champ directionnel de plus en plus vaste, et lointain, mais moins précis bizarrement. L’organisation proprement collective de cette technicité du langage musical est en cause.

La naissance du concert, de la représentation, le paradoxe remonte à tout ça historiquement je pense. Après la technique n’est qu’une approche dans le problème, mais elle relie tout le discours actuel comme passé des musiciens sur leur art. A un moment donné le corps a été perçu au profit d’autre chose, d’une abstraction, d’un concept spécialisant, qui donne à voir et comprendre, mais fait sentir et réceptionner d’une certaine façon le son crée. Alors que le corps parle pour lui-même, sans mots, ni expressions, il vit et transpire sans besoin de slogans rock par exemple.

Se mettre des bouchons c’est alors souvent se mettre des oeillères, afin que tout continue ainsi.

LE BRUIT EST CONSIDÉRÉ COMME LA PREMIÈRE SOURCE DE POLLUTION PAR LA POPULATION (RUE, AÉROPORT, TRAVAUX…). NE PENSES-TU PAS QUE LE MAL EST PLUTÔT DANS NOTRE CADRE DE VIE QUOTIDIEN? ON POURRAIT AUSSI ÉVOQUER L’AUTO-POLLUTION AVEC LES APPAREILS TYPE LECTEURS-MP3...
Oui, au sens ou le bruit fait partie de notre quotidien. Il y a aujourd’hui une haine du bruit parce-qu’il est omniprésent dans les villes, mais aussi dans nos relations. Le brouillage de la société d’information, et de transport s’entremêle, touche nos déplacements comme notre parole, et au final notre mode d’intellection. Chaque appareil porte cette façon de se mettre dans une « bulle », mais peut également provoquer autre chose si l’on prend le temps de l’utiliser autrement, de manière à ne pas reproduire une coupure face à ce bruit extérieur.

L’erreur est là je pense, et c’est un argument de vente pour les marchands de rêves. Je reprendrai la citation du compositeur Nicolas Frize, que nous lisons parfois lors de nos interventions, pour aborder le paradoxe entre le plaisir et le risque. Elle est à ce propos très explicite : «Pour se défendre contre le bruit, il ne faut pas se boucher les oreilles, se plaindre ou fuir, mais commencer d’écouter».


OÙ ET COMMENT PEUT-ON CONTACTER L’ASSOCIATION?
Comme je l’ai dit plus haut, un site va être effectif d’ici à quelques mois au nom de l’association UNHURT. En attendant, mon adresse, ainsi que le mail feront l’affaire: tepchaos@unhurt.org

TEPASSO patrice
13, rue des Pénitents Bleus
81800 Rabastens.

Merci de l’intérêt que vous portez au sujet, votre aide financière nous sera bien nécessaire pour la rentrée.